Bonjour à tous,

En Côte d’Ivoire le principal moteur de l’économie est l’agriculture.

Le pays produit :

  • 39% du volume mondial de cacao

  • 40% du volume mondial d’anarcade

La majeure partie de cette production est exportée sans transformation du fait du manque d’usines locales.

Par contre, depuis 20 ans, on sent un renouveau dans ce secteur, les usines se multiplient et de plus en plus de produits sont transformés.

J’ai passé un peu de temps à discuter avec des personnes de ce secteur pour comprendre comment y placer mes billes en tant qu’investisseur. Il faut dire qu’actuellement, le pays a beau être leader en sur certains produits agricoles, il est difficile pour un particulier de s’y exposer.

Les seules alternatives possibles faciles d’accès sont l’investissement dans les obligations du pays ou l’achat de titres cotés à la BRVM sur cette thématique : PALMCI, NESLE CI, SUCRIVOIRE ou encore SOLIBRA.

A titre personnel, je pense qu’une exposition sur ces titres peut être très intéressante sur le long terme. Mais en tant qu’investisseur, j’ai voulu savoir comment aller plus loin dans ce secteur pour être au coté de l’économie réelle.

Dans l’article de cette semaine, nous allons explorer en détail la chaîne d’approvisionnement des usines pour comprendre comment monter une activité de financement pertinente permettant de régler des problèmes récurrents de liquidités.

Bonne semaine à tous !

La citation de la semaine

« Time is the friend of the the wonderfull company, the enemy of the mediocre. »

La citation de cette semaine reprend résume une idée fondamentale: le temps amplifie la qualité.

Qu’elle leçon nous pouvons en tirer à notre niveau ?

La sélection prime sur le timing

Beaucoup d’investisseurs cherchent :

  • le bon point d’entrée,

  • le bon momentum,

  • le bon signal technique.

Mais sur 10 ans, la qualité du business aura plus d’impact que le point d’entrée exact.

La qualité réduit le besoin de surveillance constante

Une entreprise exceptionnelle :

  • traverse mieux les cycles,

  • absorbe les chocs,

  • s’adapte.

Elle demande moins d’arbitrages défensifs permanents.

Les entreprises médiocres deviennent des pièges de valeur

Un PER faible ne sauvera pas :

  • un modèle fragile,

  • une gouvernance faible,

  • une rentabilité structurellement basse.

Avec le temps, ces entreprises détruisent la valeur actionnariale.

L’actualité des marchés

Le marché est toujours en hausse sur le mois glissant cette semaine avec quelques replis légers au niveau de certaines banques et la loterie nationale du Bénin.

Par contre la tendance actuelle laisse présager un cycle de prudence à observer sur les prochaines semaines.

Top hausses

  • SETAO CI : +63,9%

  • Air Liquide CI : 55,0%

  • Unilever CI : 50,4%

Baisses remarquables

  • SITAB : -2,4%

  • BOA Bénin : -1,4%

  • Loterie nationale du Bénin : -1,3%

L’article de la semaine

En Côte d’Ivoire, de nombreuses usines de taille intermédiaire font face à un problème structurant : trouver et sécuriser leurs matières premières.

Contrairement aux grandes multinationales, elles ne disposent ni d’équipes dédiées au sourcing, ni de contrats d’approvisionnement long terme parfaitement structurés, ni d’accès fluide au financement bancaire pour gérer leurs besoins de trésorerie. Résultat : elles passent une partie importante de leur énergie à organiser elles-mêmes l’achat, la collecte et l’acheminement des matières premières depuis les zones rurales vers les centres urbains.

Ce fonctionnement crée des inefficacités majeures :

  • temps perdu,

  • coûts logistiques élevés,

  • manque de visibilité sur les volumes disponibles,

  • tension de trésorerie entre le moment où le producteur doit être payé et celui où l’usine règle la facture.

Ce décalage de paiement souvent jusqu’à un mois bloque la fluidité du système. Et dans cet intervalle, il faut financer les producteurs ou les coopératives.

C’est précisément là que se trouve une opportunité d’investissement intéressante :

Créer un courtier en matières premières qui organise l’approvisionnement pour les usines, et structurer un financement court terme pour couvrir le besoin de trésorerie entre paiement des producteurs et règlement des industriels.

Ce modèle répond à un besoin réel, concret et non couvert par les banques locales. Il permet de fluidifier la chaîne d’approvisionnement, de sécuriser les volumes pour les usines et d’apporter une solution de financement ciblée et adossée à des flux commerciaux réels.

Dans cet article, nous allons analyser :

  • le fonctionnement du marché ivoirien,

  • pourquoi cette opportunité existe,

  • comment structurer ce type de business,

  • quels sont les risques et comment les maîtriser,

  • et pourquoi ce modèle peut jouer un rôle clé dans le développement économique local.

L’écosystème du marché ivoirien

Bien qu’étant leader sur la production de nombreux produits agricole, l’écosystème agricole de la Côte d’Ivoire est très fragmenté.

Un tissu industriel intermédiaire en pleine croissance

Le pays compte un nombre important d’unités industrielles de taille intermédiaire :

  • transformateurs agroalimentaires,

  • huileries,

  • unités de décorticage ou de conditionnement,

  • fabricants de produits semi-transformés destinés au marché local ou à l’export.

Ces entreprises ont souvent :

  • une demande solide,

  • un carnet de commandes actif,

  • mais une structure financière encore fragile.

Elles n’ont pas toujours accès à des lignes de crédit suffisantes et fonctionnent avec une trésorerie tendue. Leur priorité est la production et la vente, pas l’optimisation de la chaîne d’approvisionnement.

Du côté des producteurs, la situation est inverse :

  • les matières premières existent,

  • mais elles sont réparties entre de nombreux petits producteurs ou coopératives,

  • avec une organisation logistique parfois artisanale,

  • et une forte dépendance au paiement immédiat.

Le producteur, lui, ne peut pas attendre 30 jours. Il doit être payé rapidement pour financer la prochaine campagne, payer la main-d’œuvre ou couvrir ses besoins courants.

Une absence de marché organisée

Contrairement à certains pays disposant de bourses agricoles ou de marchés centralisés bien structurés, l’approvisionnement en Côte d’Ivoire reste largement relationnel et informel.

Il n’existe pas de véritable place de marché locale permettant :

  • d’agréger les volumes,

  • de standardiser la qualité,

  • de garantir les paiements,

  • de sécuriser les délais.

Chaque usine négocie directement, se déplace, compare, organise le transport. Cela génère :

  • des coûts cachés,

  • des risques de rupture d’approvisionnement,

  • et une dépendance forte à des intermédiaires parfois peu structurés.

L’opportunité créée par ce déséquilibre structurel

Le cœur du problème est simple :

  • Les usines ont besoin de volumes réguliers.

  • Les producteurs ont besoin de paiement rapide.

  • Les banques financent difficilement ce maillon intermédiaire.

Entre ces trois acteurs, il manque un organisateur structuré, capable de :

  1. Sourcer efficacement la matière première.

  2. Gérer la logistique.

  3. Assumer le décalage de trésorerie.

Ce déséquilibre structurel crée un espace économique clair pour un acteur spécialisé : un courtier-financeur, positionné au centre de la chaîne.

C’est ce business model que nous allons explorer dans la suite.

Le business model : courtage structuré + financement court terme

Il s’agit de structurer un maillon central de la chaîne de valeur.

Le modèle repose sur deux piliers complémentaires :

  1. Le courtage opérationnel

  2. Le financement du besoin en fonds de roulement (BFR)

Ensemble, ils créent un business à la fois logistique, commercial et financier.

Le rôle du courtier : organiser et sécuriser l’approvisionnement

Le courtier se positionne entre :

  • les producteurs / coopératives en zone rurale

  • les usines de transformation en zone urbaine

Son rôle concret :

  1. Identifier les volumes disponibles.

  2. Négocier les prix.

  3. Contrôler la qualité.

  4. Organiser la logistique.

  5. Livrer à l’usine dans les délais.

Pour l’usine, cela signifie :

  • moins de déplacements,

  • moins d’incertitude sur les volumes,

  • moins de rupture de production,

  • un interlocuteur unique.

Le courtier devient un agrégateur de volumes et un organisateur logistique.

Le véritable levier de rentabilité : le financement court terme

Le point clé du modèle n’est pas uniquement la marge commerciale.

Il est dans le décalage de trésorerie.

Chronologie simplifiée :

  1. Le courtier achète la matière première au producteur → paiement immédiat.

  2. Il organise le transport et livre l’usine.

  3. L’usine règle la facture 15 à 30 jours plus tard.

Pendant cet intervalle, le courtier immobilise du capital.

Ce besoin en fonds de roulement est court (quelques semaines), mais récurrent et potentiellement important en volume.

C’est ici qu’intervient l’opportunité d’investissement : Financer ce gap de trésorerie contre une rémunération.

On finance un flux commercial, avec :

  • un acheteur connu,

  • une facture émise,

  • un cycle court,

  • une visibilité sur la sortie.

C’est une logique proche du trade finance ou de l’affacturage, adaptée au contexte local.

Pourquoi cette activité est indispensable au fonctionnement de l’économie ?

Ce type d’acteur joue un rôle macroéconomique essentiel :

  • Il fluidifie la chaîne d’approvisionnement.

  • Il réduit les coûts de transaction.

  • Il sécurise les revenus des producteurs.

  • Il stabilise la production industrielle.

Sans ce maillon intermédiaire structuré :

  • les producteurs restent dépendants de réseaux informels,

  • les usines subissent des ruptures,

  • les banques restent à l’écart faute de structuration.

En réalité, ce modèle contribue à :

  • améliorer la circulation du capital dans l’économie réelle,

  • réduire l’inefficacité logistique,

  • professionnaliser la chaîne agricole-industrielle.

Il transforme une friction structurelle en opportunité rentable.

Où se situe la rentabilité ?

La rentabilité provient de trois sources principales :

  1. Marge de courtage (écart entre prix d’achat et prix de revente).

  2. Commission logistique.

  3. Rémunération du financement court terme.

Le modèle devient particulièrement intéressant lorsque :

  • les volumes sont réguliers,

  • la rotation du capital est rapide,

  • le risque crédit est maîtrisé.

Un capital peut ainsi “tourner” plusieurs fois par an, ce qui améliore fortement le rendement annualisé.

Les risques du modèle

Comme tout business basé sur des flux financiers et physiques, ce modèle comporte des risques.

Les principaux risques

Risque crédit

L’usine peut retarder ou ne pas honorer son paiement. Comme le producteur a déjà été payé, la tension de trésorerie est immédiate.

Risque de prix

Une variation rapide du prix de la matière première peut réduire voire annuler la marge si la transaction n’est pas correctement sécurisée.

Risque opérationnel

Problèmes de qualité, erreurs de pesée, pertes pendant le transport, détournements ou fraudes internes.

Risque de liquidité

La croissance rapide des volumes peut créer un besoin de trésorerie plus important que prévu. Un décalage de paiement suffit à déséquilibrer le système.

Risque juridique et contractuel

Environnement parfois informel, contrats incomplets ou difficulté à faire appliquer un engagement en cas de litige.

Risque de concentration

Dépendance excessive à un seul client, un seul produit ou une seule région.

Les leviers pour les mitiger

Plusieurs leviers sont à disposition :

  • Sélection rigoureuse des usines partenaires et plafonds d’exposition par client.

  • Transactions adossées à des commandes confirmées plutôt qu’à des anticipations de marché.

  • Formalisation systématique des engagements (bons de commande, contrats, conditions de paiement).

  • Procédures opérationnelles strictes (contrôle qualité, séparation des fonctions, suivi des volumes).

  • Croissance progressive pour éviter une tension excessive sur la trésorerie.

  • Diversification progressive des clients et des produits.

Pour conclure

En analysant ce petit segment de la chaîne de valeur, on se rend compte d’opportunités réelles, indispensable à l’écosystème qui reste encore peu exploité. Cependant, il ne faut pas négliger les complexités de ce type d’activité du fait du fort taux d’informel.

C’est un projet d’investissement sur lequel je vais sérieusement me pencher dans les mois à venir. Je pense qu’il y a un fort potentiel de rendement pour un risque qui peut être maitrisé.

A titre d’exemple, prenons l’exemple d’une mise initiale de 20 millions de FCFA et une durée de cycle (sourcing de matière première → réception des fonds de l’usine) de 30J, cela nous amène à 12 cycles par an. Si nous prenons l’hypothèse qu’il peut y avoir des retards, imprévus et difficultés, prenons un nombre de cycle de 10 sur l’année par prudence.

Imaginons :

  • Marge commerciale brute : 5%

  • Coûts opérationnels (transport, contrôle, frais divers) : 2%

  • Marge nette opérationnelle : 3% par rotation

Donc :

Sur 20M FCFA engagés → 3% de 20M = 600 000 FCFA de résultat net par cycle. Avec 10 rotations l’année, nous nous retrouvons avec une marge nette de 6 000 000 FCFA ⇒ 30% de ROE.

En revanche, un seul cycle qui échoue se soldant par une perte totale de la mise (20m) entraine une perte de 3 années de marge ⇒ Il faut une procédure de gestion des risques très pointue.

Pour ceux qui veulent en savoir plus ou souhaitant investiguer avec moi cette thématique, n’hésitez pas à me contacter par mail sur : [email protected]

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