Bonjour à tous,
Etant actuellement à Paris, j’en ai profité pour faire un tour dans un restaurant de ramen que j’apprécie beaucoup : Kodawari Yokocho.
Il y a toujours une longue file d’attente avant de pouvoir accéder au restaurant qui est très étroit (Yokocho signifie « allée » en japonais). Je pense que le propriétaire a voulu répliquer les ruelles japonaises étroites qui abritent des bars et des kiosques de nourriture.
Durant mon déjeuner, j’ai eu l’occasion d’échanger avec un serveur qui m’a permis d’en savoir plus sur leur activité ⇒ j’ai été choqué par les chiffres qu’il m’a révélé.
Le restaurant réalise chaque jour entre 600 et 700 couverts pour une consommation moyenne de 20 € (environ 13 000 FCFA) soit un CA journalier compris entre 12 000 € et 14 000€. Etant donné que le restaurant reste ouvert les 7 jours de la semaine, cela nous amène à un CA mensuel d’au moins 336 000 € (220 millions de FCFA) soit 4 millions €/an. Le propriétaire possède 2 restaurants de ce style à paris ⇒ au moins 8 millions d’€ de CA réalisé par an par ces deux restaurants.
Ce sont des chiffres qui donnent le tourni quand on sait que le personnel requis ne necessite pas de très grande qualification à l’inverse des restaurants gastronomiques et des économies d’échelles réalisées sur les aliments proposés qui peuvent être produits en grande quantité (bouillon et eau).
Ces chiffres impressionnants m’ont donné l’envie de creuser le secteur de la restauration dans notre sous-région cette semaine. Il s’agit d’un secteur qui peut s’avérer extrêmement lucratif pour ses entrepreneurs avec l’avantage de répondre à un besoin de base : l’alimentation dont nous ne pouvons pas nous soustraire en tant qu’être humain.
Bonne semaine 😃
La citation de la semaine
Cette semaine, pour rester dans le thème de la gourmandise, je vous propose la citation ci-suivante :

Cette phrase, issue de l’un des entrepreneurs les plus emblématiques de la restauration moderne, résume une vérité simple mais souvent négligée : dans la restauration, le succès ne repose pas sur l’idée, mais sur l’exécution répétée.
Ray Kroc rappelle que les piliers du succès en restauration (qualité, service, propreté, valeur) ne sont pas des concepts abstraits. Ils se matérialisent dans :
la fraîcheur des ingrédients,
la constance des portions,
le temps d’attente,
l’hygiène visible,
la perception du prix par le client.
Ces piliers peuvent s’appliquer dans certains business similaires à la restauration :
l’idée compte moins que la discipline : Un bon concept mal exécuté échoue. Par contre, un concept simple bien exécuté peut durer des décennies.
La rentabilité se joue dans les décisions invisibles : Les clients ne voient pas les tableaux de bord, mais ils ressentent immédiatement les conséquences d’une mauvaise organisation ou d’un relâchement opérationnel.
Le quotidien est la vraie barrière à l’entrée : Ce qui décourage la concurrence, ce n’est pas l’innovation, mais la capacité à maintenir un niveau d’exigence élevé tous les jours, même quand le fondateur n’est pas là.
Actualité des marchés
Cette semaine, notre heatmap indique que le marché est clairement en phase de correction avec de nombreux titres dans le rouge sur le mois glissant.

Top Hausses
Air Liquide : +53,7%
NEI_CEDA_CI (Hachette livres) : +21,7%
Loterie nationale du Bénin : +7%
Baisses marquantes
Unilever_CI : -19,1%
BOA Mali : -8,1%
Orange CI : -6,4%
L’article de la semaine
Au cœur d’Abidjan à l’heure du déjeuner, des employés font la queue devant un kiosque de rue pour savourer un garba ce plat populaire d’attiéké (semoule de manioc) accompagné de thon frit servi dans du papier journal tandis qu’un peu plus loin, des familles patientent devant l’enseigne rutilante d’un nouveau fast-food . Cette scène illustre le double visage du business de la restauration en Afrique de l’Ouest, et particulièrement en Côte d’Ivoire : un marché à la fois dominé par une myriade d’échoppes informelles et en pleine modernisation sous l’impulsion de chaînes locales et d’entrepreneurs locaux innovants.
L’objectif de cet article est de plonger dans cette réalité contrastée, pour en tirer des informations clés nous permettant de comprendre ce secteur dans la sous-région.
Un marché en plein essor
Le secteur de la restauration ouest-africain connaît une croissance remarquable, portée par l’urbanisation rapide et l’émergence d’une classe moyenne aux nouvelles habitudes de consommation. En Côte d’Ivoire, les statistiques officielles témoignent d’un essor spectaculaire : le marché ivoirien de la restauration a affiché une croissance annuelle moyenne d’environ 22 % entre 2014 et 2019 . Cette dynamique est alimentée par l’amélioration du niveau de vie urbain, l’évolution des goûts des consommateurs et l’arrivée de nouveaux acteurs. Plus largement, à l’échelle du continent africain, le secteur de la restauration devrait poursuivre sur sa lancée avec un taux de croissance annuel composé estimé à environ 8 % jusqu’en 2028. Ces chiffres traduisent un potentiel de marché considérable qui suscite l’intérêt grandissant des investisseurs, y compris des grandes enseignes internationales de fast-food qui commencent à cibler l’Afrique de l’Ouest francophone après avoir longtemps privilégié les marchés anglophones
Un taux d’activité informel encore élevé
Le marché informel comptait en 2020 plus de 43 000 maqius (petit restaurant bar à ciel ouvert) rien qu’à Abidjan. De fait, le secteur informel de la restauration joue un rôle économique et social majeur. Il fournit des repas bon marché à une population urbaine qui ne peut souvent pas rentrer à la maison à midi, tout en générant des revenus d’appoint pour des milliers de micro-entrepreneurs. Selon une étude, les activités d’hébergement et restauration représentent à elles seules près de 60 % du chiffre d’affaires du secteur informel des services en Côte d’Ivoire . Plus globalement, l’ensemble du secteur informel (tous domaines confondus) contribue à environ 40 % du PIB ivoirien et 80 % des emplois , signe que la plupart des restaurants et échoppes opèrent en marge des circuits officiels.
Spécificités de l’afrique de l’ouest
La nourriture, c’est social : on mange pour se nourrir, mais aussi pour partager. La cuisine locale (attiéké, alloco, kedjenou, sauces, grillades) reste la base même quand les gens testent burgers, pizzas et concepts “tendance”.
Deux points ressortent fortement côté clients :
Hygiène / propreté : c’est devenu un critère majeur (et un différenciateur).
Prix : le client compare vite, surtout face à l’offre de rue.
Les coulisses de l’activité
Le métier est souvent plus difficile “derrière” que “devant” :
Approvisionnement quotidien (marchés, saisonnalité, prix qui bougent)
Électricité / chaîne du froid (groupe électrogène, pertes)
Stocks, gaspillage, vols internes
Charges fixes (loyer, personnel) surtout dans le formel
Les marges existent, mais elles sont fragiles : un mauvais contrôle des coûts (matières, pertes, énergie) peut entrainer des pertes importantes
Les risques à anticiper
Réglementaire / administratif : licences, autorisations, risques liés au foncier
Hygiène : contrôle + réputation (un incident peut tuer la marque)
Financement / trésorerie : sous-capitalisation = mort lente
Ressources humaines : turnover, qualité de service, fraude interne
Concurrence : informel très agressif sur les prix
Macro : inflation alimentaire, instabilité, chocs externes
Les facteurs de réussite et d’échec communs
Réussites locales (pattern commun) :
Elles modernisent un produit local ou répondent à un besoin simple (rapide, propre, constant).
Elles standardisent (mêmes recettes, même qualité).
Elles maîtrisent la marque et la distribution (points de vente, livraison).
Échecs fréquents (pattern commun) :
Concept mal adapté au pouvoir d’achat / au quartier
Expansion trop rapide
Mauvaise gestion de caisse et des stocks
Problèmes administratifs (emplacement, autorisations)
Crise réputationnelle (hygiène, bad buzz)
Généralement, dans ce secteur, les échecs sont plus liés à une mauvaise gestion qu’un manque de clients.